Pourquoi je voterai pour Paul Saint-Pierre Plamondon… et Alexandre Cloutier !

La course à la direction du PQ qui désignera le 9e chef du Parti québécois arrive à sa fin. Une course inutilement longue qui aura été parfois rocambolesque. Il y aurait beaucoup de pixels à dépenser afin de couvrir tout ce qui s’est passé durant cette course : je ne retiendrai toutefois que les éléments suivants.

Tout d’abord, le constat le plus désolant au plan démocratique : malgré les vœux pieux de la classe journalistique et de la population, les débats d’idées n’intéressent pas grand monde. Combien de fois ai-je lu ou entendu que la course à la chefferie était « plate », qu’il n’y avait pas de débats d’idées, etc. Chaque fois que je lis de telles déclarations, ma première question est toujours la même : pouvez-vous me nommer une course à la chefferie qui a été excitante ou un débat d’idées ? Je n’en ai pas souvenir et ce n’est certainement pas la dernière course du Parti libéral du Québec qui a soulevé les passions. À la CAQ, il n’y a jamais eu de course et QS n’a pas de chef.

Ensuite, si l’on regarde spécifiquement cette course, les candidats ont sorti des dizaines d’idées : une simple visite sur les sites Internet des candidats le confirme aisément. De plus, en comptant les deux débats officiels, il y aura eu aux alentours d’une dizaine de débats. La plupart étaient tout à fait civilisés et portaient sur des enjeux de fonds et des conceptions parfois différentes de voir les problèmes auxquels le PQ et le Québec sont confrontés. Les médias, notamment électroniques, ont-ils rapporté autre chose que les accrochages entre les deux meneurs ? Non. Pourtant, la substance était là.

Certes, il y a eu dans cette course certains épisodes fleuretant avec le burlesque, mais ils n’étaient pas légion. Les commentateurs politiques ont toutefois choisi de monter ceux-ci en épingle, alors qu’en réalité, ils ne représentaient pas la course.

Autre constat : cette course devra être la dernière du PQ — en fait, le PQ devrait toujours considérer qu’une course au leadership doit être la dernière course, mais c’est un autre débat — où la population n’est pas impliquée davantage. Il n’y a plus lieu de restreindre le choix d’un chef de parti aux seuls membres de ce dernier, surtout quand l’État subventionne les partis à hauteur de 90 %. Une primaire ouverte permettra de plus de transformer un événement partisan en un événement citoyen concernant potentiellement tout le monde.

Nolens volens, il est maintenant l’heure de faire son choix. Le PQ ayant choisi un mode de scrutin préférentiel, il est donc possible de classer jusqu’à trois candidats en ordre de préférence. Pour ma part, c’est sans hésitation que je voterai au premier choix pour Paul Saint-Pierre-Plamondon (PSPP).

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Je dois commencer par une déclaration de type « transparence totale » : je connais PSPP et nous avons brièvement travaillé ensemble chez les Orphelins politiques. Malgré cela, au début de cette course, j’oscillais entre lui et Véronique Hivon. Mme Hivon est l’élu(e) de l’Assemblée nationale qui est la plus susceptible de faire évoluer le Québec dans le sens que je souhaite, mais aussi la politique en général. Son approche et ses idées progressistes rejoignent les miennes. Malheureusement, comme on le sait, elle a été terrassée par un virus sournois, virus qui la force maintenant à un repos complet indéterminé. Le choix n’a donc plus été trop difficile par la suite.

Pourquoi PSSP ? Essentiellement pour les mêmes raisons que Véronique Hivon, à une différence près : la course à la direction aura révélé que PSPP est fidèle à ses idées et qu’il recèle un potentiel politique énorme (ce que l’on savait déjà pour Mme Hivon). Plus spécifiquement :

  • PSPP a défendu avec constance et vigueur ses idées sociales-démocrates, sa vision de l’identité positive et a démontré une profondeur d’analyse peu commune dans l’arène politique ;
  • PSPP a systématiquement refusé d’attaquer ses adversaires autrement que sur leurs idées et même quand il le faisait, cela était empreint d’un respect peu usuel dans l’exercice de la politique moderne ;
  • PSPP possède des qualités de pédagogue indéniables : quand il explique son point de vue et ses idées, il prend le temps de bien guider l’auditoire à travers son raisonnement sans le prendre de haut ;
  • Plus que tout, PSPP aura prouvé hors de tout doute que son engagement au sein du PQ n’a rien de passager et que son objectif d’améliorer la situation nationale québécoise est sincère.

Le lecteur curieux pourra aller consulter la section vidéo de sa page Facebook afin de constater de visu mes affirmations.

C’est donc avec ces conclusions en tête que je voterai pour PSPP pour mon premier choix.

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Maintenant, il est fort improbable que PSPP soit élu chef, voire même qu’il passe le premier tour. Si une telle situation (celle de passer le premier tour) en venait à se produire, cela constituerait la véritable surprise de cette course. Il faut donc faire un 2e choix. Dans mon cas, cela sera Alexandre Cloutier.

Certes, on a eu l’impression que les jeux étaient faits d’avance lorsqu’un nombre important de caciques du PQ se sont rangés derrière lui très rapidement au début de la course. De même, les sondages hypothétiques face aux autres partis qui favorisent Cloutier sont certes intéressants, mais ne sont pas un bon indicateur de ce que sera l’opinion dans 2 ans et demi. Déjà, le dernier sondage CROP de La Presse place Lisée comme celui qui est capable de battre les libéraux. Cependant, ces diversions ne doivent pas nous détourner de la valeur intrinsèque de M. Cloutier.

Alexandre Cloutier est un candidat qui a fourni un véritable programme de gouvernement, en ce sens qu’il a émis plusieurs idées qui demandent du courage politique : réforme de la justice, de la fiscalité, de la rémunération des médecins, priorisation de l’éducation, signature de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, etc.

Alexandre Cloutier comprend les défis auxquels est confronté le PQ notamment face aux jeunes et aux concitoyens issus des communautés culturelles. Son approche concernant la laïcité ne nous ferait pas retomber dans le psychodrame polarisant de la charte des valeurs qui n’aide en rien à faire avance la question nationale.

M. Cloutier aussi aura résisté à faire mal à ses adversaires au point de faire mal au PQ. Voilà un candidat qui pense à long terme et pour qui la fin ne justifie pas toujours les moyens. En cette époque de Far West politique, c’est une attitude que l’on doit honorer.

Je ne suis pas d’accord avec son approche sur la question nationale — de fait, je suis en désaccord avec l’approche de tous les candidats du PQ depuis de nombreuses années —, mais, contrairement à tous les autres candidats, celle-ci sera tranchée par les membres du PQ. Cela démontre qu’il souhaite une démarche qui ratisse large.

En somme, après deux courses à la direction, Alexandre Cloutier a passé le test de la pression et semble avoir les capacités de générer la confiance nécessaire aux chantiers futurs du PQ.

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Au terme de ce choix, on pourra me demander : Quid de Jean-François Lisée ? Pourquoi ne pas l’avoir retenu comme second choix ?

Certes Jean-François Lisée est un politicien diablement efficace et redoutable. Il est sans conteste le meilleur parlementaire à l’Assemblée nationale et il est assez habile pour sceller des compromis. Mais il y a un hic. En fait, deux.

D’abord, Lisée a tellement écrit et émis d’idées dans sa vie intellectuelle qu’il a quelques contradictions à son actif. L’inconstance en politique est particulièrement rejetée par les électeurs et les adversaires politiques du PQ ne manqueraient pas de lui rappeler.

Ensuite, il arrive une fois de temps en temps que Lisée lâche une déclaration surprenante. Comme, par exemple, où lui, le vieux routier de la politique, se comparaissait à Bernie Sanders.

Ou encore, lorsqu’il a déclaré qu’il fallait discuter d’interdire la burqa parce qu’il ne faudrait pas attendre un attentat à la bombe se produise à cause de ladite burqa. Non seulement cette déclaration n’est pas basée sur des faits (a-t-on vu un attentat en Occident à cause de la burqa ? Non !), mais Lisée, par celle-ci, a démontré qu’il était prêt à jouer sur un terrain glissant.

Lorsqu’un membre de l’équipe de Cloutier a critiqué cette « proposition » en disant qu’elle consistait à faire peur au monde, Lisée a littéralement commis une faute politique parce qu’il s’est rapproché de ce que l’on pratique aux États-Unis : en guise de réplique, il n’a pas hésité à amalgamer son adversaire à un prédicateur fondamentaliste à la réputation sulfureuse en affirmant que ce dernier appuyait Cloutier. Cette association fallacieuse — que lui-même a reconnue fausse — n’a pas sa place dans notre vie politique.

Pourtant, son attaque aura provoqué deux conséquences potentiellement graves pour celui qui brigue la direction d’un parti en vue d’occuper le poste de premier ministre (en plus de permettre à ce prédicateur de revenir à l’avant-scène médiatique). D’une part — et il fallait lire les réseaux sociaux à cet égard —, l’attaque de Lisée, même si cela n’était certainement pas son intention, a remué les pires instincts chez une frange de la population qui semble certaine que l’invasion musulmane est à nos portes. Flatter, même involontairement, ce type d’émotions politiques est dangereux. D’autre part, il a terni davantage l’image du PQ chez ceux chez qui les débats identitaires malmenés rebutent. Encore un coup donné à l’image du parti en vue de faire un gain à court terme.

Il en résulte l’impression que Lisée est à la base un stratège manquant parfois de prospective sur les conséquences de ses propos. Voter pour lui serait prendre un risque important. Que l’on me comprenne bien : je considère que le PLQ ou la CAQ au gouvernement après 2018 serait beaucoup plus dommageable pour le Québec. Lisée serait — et de loin — la meilleure option. Il reste que l’élection de Lisée à la tête du PQ, à mon avis, serait plus risquée que celle d’Alexandre Cloutier.

Quant à Martine Ouellet, il n’y a rien à attendre d’une candidate qui se place constamment dans la position de victime — jusqu’à attaquer son propre parti — et qui n’affiche aucune volonté de compromis. Son approche sur la question de la souveraineté est finalement complètement irresponsable, car la perte d’un 3e référendum ne semble pas l’émouvoir. De toute manière, il n’y a aucune chance de chasser les libéraux avec une élue aussi intransigeante, et encore moins de gagner un référendum.

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Les défis devant le PQ sont herculéens. Trouver une nouvelle approche sur la question nationale. Réparer les ponts brisés avec les communautés culturelles et avec les jeunes. Démocratiser le parti. Forger un consensus sur la question de la laïcité. Tenir un parti, qui dans l’échec continuel, se déchire. Battre les libéraux et recommencer à construire le Québec. Ne pas se faire supplanter par la CAQ.

Vaste programme.

Un bon premier pas est l’élection d’un chef qui comprend ce à quoi il fait face. Heureusement, ceux qui voteront dans la course au PQ auront la possibilité de choisir non pas un, mais deux leaders de cette trempe. Deux pas en avant, donc.

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