La proposition Marceau : une démarche fondée sur la réalité

Dans le brouhaha de l’actuelle course direction du Parti québécois, un petit groupe de députés et de militants réuni autour du député Nicolas Marceau ont proposé une révolution dans la manière dont le Parti québécois aborde la question nationale.

Proche de la proposition de Choisir le progrès national, le groupe de M. Marceau propose une démarche volontariste visant à briser le statu quo constitutionnel dans lequel le Québec est englué. D’abord, le Québec demanderait au gouvernement fédéral de formuler une proposition de réforme constitutionnelle. Ensuite, cette proposition serait mise côte à côte avec l’indépendance lors d’un référendum qui demanderait aux Québécois de trancher entre les deux options.

Évidemment, dans le climat politique sclérosé qui est le nôtre, les critiques indépendantistes comme fédéralistes à l’endroit de cette proposition novatrice ont fusé. Pour les uns, cette proposition pourrait aboutir à autre chose que l’indépendance. Pour les autres, il s’agirait d’une astuce visant à proposer une chicane qui mousserait l’indépendance. Ces prévisibles critiques révèlent surtout la faiblesse intrinsèque des deux camps.

Pourtant, le sondage Léger Marketing récemment publié par Le Devoir montre que c’est cette option qui recueille le plus d’appuis à l’extérieur du Parti Québécois, chez la CAQ notamment. Cela n’est pas surprenant, car loin d’être complexe, la proposition Marceau comporte plusieurs qualités qui devraient interpeller tous ceux qui ont à cœur le progrès du Québec.

 

Reconnaître des évidences

Il serait spécieux d’affirmer que la question nationale est actuellement le sujet de l’heure. Les fédéralistes, en cessant toute forme d’action sur le sujet, ont bel et bien compliqué la tâche de ceux qui contestent le statu quo. Qui plus est, la question constitutionnelle québécoise — de la conférence de Victoria en 1970 jusqu’au référendum de 1995 — n’est qu’une série d’échecs qui rebutent à juste titre nos compatriotes.

Cela ne veut pas dire que la situation est désespérée. Le Québec n’a toujours pas signé la Constitution et refuse, à ce jour, le régime politique qui en découle. Chaque fois que l’on demande aux Québécois s’ils désirent que leurs revendications historiques soient reconnues dans la Constitution, la réponse est positive et par une marge confortable. En fait, il faut se l’avouer : le fédéralisme renouvelé recueille toujours plus d’appuis au sein de la population que l’indépendance ou le statu quo.

Depuis 1995, les fédéralistes se sont cantonnés dans la position la plus radicalement inactive qui soit : se cachant derrière la maxime du « fruit qui n’est pas mûr », ils ont décidé, coûte que coûte, que les réclamations constitutionnelles traditionnelles resteront lettre morte. On peut les comprendre, car en cas d’échec, ils s’exposent à une réaction semblable à celle qui faisait suite à l’échec de l’Accord du lac Meech. À cette époque, l’option indépendantiste avait, pour la seule fois de l’histoire du Québec, dépassé de manière durable les 50 % d’appuis dans la population.

En agissant de la sorte, les fédéralistes ont littéralement abandonné la pluralité de Québécois qui souhaitent un fédéralisme renouvelé. Ceux-ci ne sont plus représentés sur l’échiquier politique : qu’attend le Parti Québécois pour leur donner une voix ?

 

Agir dans la réalité politique

La proposition Marceau reconnaît les évidences politiques du Québec des années 2010. D’une part, elle est profondément démocrate, car elle reconnaît le courant historique de l’autonomisme et lui donne une chance de s’exprimer, voire de convaincre. En cela, elle épouse la vision de René Lévesque qui avait toujours un profond respect des souhaits du peuple.

D’autre part, elle recèle un potentiel inouï, c’est-à-dire celle d’une démonstration en temps réel des possibilités de réforme du Canada. Avec cette démarche, le reste du Canada sera placé devant un moment de vérité : soit il accepte la réforme, soit il se braque. Les Québécois seront assez sages pour faire le bon choix.

Finalement, la proposition place le Québec dans une dynamique gagnante : que ce soit par le fédéralisme renouvelé ou par l’indépendance, le Québec aura enfin connu un succès sur le front constitutionnel. Un premier succès engendrera certainement des suites.

Depuis 1995, les souverainistes semblent penser qu’il ne suffit que de peaufiner quelque peu la mécanique référendaire pour gagner. Le résultat serré de la dernière consultation a sans doute généré cette assurance. Il n’en est rien. 21 ans ont passé. Les fédéralistes ont cessé leur quête historique d’autonomie, marginalisant ainsi ceux qui veulent combattre le statu quo. Surtout, en 2018, tous les citoyens qui seront âgés de moins de 40 ans n’auront jamais eu à se prononcer sur la question nationale. Il ne sert à rien de nier ces tangibilités.

Il y a plus d’un demi-siècle, le Général de Gaulle s’exprimait ainsi : « Il n’y a pas de politique qui vaille en dehors des réalités ». Il est temps que le Parti québécois s’inspire de cet illustre personnage et fasse progresser le Québec sur le sinueux chemin de sa quête d’autonomie. En cela, la proposition de M. Marceau est un excellent départ.

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