L’ultime avertissement

L’élection générale de 2014 restera dans les annales de l’histoire québécoise comme l’un des messages politiques les plus clairs jamais lancés. En effet, les Québécois auront remis au pouvoir un parti empêtré dans les scandales de corruption, qui n’a pas même pris la peine de proposer un programme électoral et qui aura eu comme seule promesse significative de ne pas tenir de référendum. À la fin de l’actuel mandat, le Parti libéral aura été au pouvoir pendant plus de 13 des 15 dernières années, une situation inédite depuis Maurice Duplessis.

Dans ce contexte, il est bien difficile de penser que les Québécois ont élu avec enthousiasme un gouvernement du Parti libéral : c’est plutôt un rejet massif du Parti québécois auquel nous avons assisté. Il serait cependant mal avisé de conclure qu’il ne s’agit que d’un accident de parcours : plutôt, c’est la résultante de près de 20 ans de fuite en avant.

L’illusion de 1995

Le résultat serré du référendum de 1995 a offert aux souverainistes un cadeau des plus empoisonnés : l’illusion que la partie est presque gagnée. Avec un si petit écart, la tentation a donc été forte de chercher une explication facile à cette défaite.

Certains ont parlé d’un référendum volé par les naturalisations trop rapides du gouvernement fédéral et les dépenses électorales illégales; d’autres ont plutôt imputé la faute à la région de Québec qui a voté moins favorablement pour l’option souverainiste; enfin, le jeu des générations serait naturellement favorable à l’option souverainiste dans le futur.

Ce faisant, les souverainistes ont cru qu’il ne leur fallait qu’une chose pour gagner le prochain référendum : le pouvoir. Cette disposition d’esprit a fortement coloré le Parti québécois des années 2000, à son plus grand détriment.

Le pouvoir à tout prix

En prenant pour acquis qu’il ne suffisait que la volonté des Québécois n’apparaisse du ciel ou que la bonne stratégie ne vienne tout régler d’un coup de baguette magique, le Parti québécois s’est progressivement mué en une machine à prendre le pouvoir, se laissant aller aux pires tentations.

Déjà, au tournant des années 2000, le Parti québécois est entré de plain-pied dans les scandales éthiques, avec le cas d’Oxygène 9 qui a mené à la création du Commissaire au lobbyisme. Les nominations partisanes du dernier mandat et les futures révélations de la Commission Charbonneau ne manqueront pas de provoquer le sentiment que le PQ n’est pas bien loin du PLQ en la matière.

Ce parti a aussi fait preuve d’une versatilité politique parfois déroutante : qui ne se souvient pas du port des carrés rouges pendant la grève étudiante et de leur retrait subséquent en campagne électorale? Ou encore des promesses fiscales rompues? Cette versatilité s’est parfois doublée d’un clientélisme désinvolte : l’histoire du Colisée de Québec, où l’on a retiré des droits à des citoyens en même temps que l’on a subventionné une entreprise privée dans le but de plaire aux électeurs de la capitale était à cent lieues de ce que l’on peut attendre du parti de René Lévesque.

La dernière mandature du PQ aura prouvé que celui-ci pouvait être prêt à verser dans de dangereuses tactiques de division de la population. Si la Charte de la laïcité était une politique nécessaire, elle ne justifiait en rien un jusqu’au-boutisme inflexible doublé d’une complaisance parfois gênante sur des propos aux effluves xénophobes prononcés par certains tenants du projet.

La conséquence la plus délétère de ces comportements a été que le Parti québécois est devenu, dans la population  – en particulier chez les jeunes –  un banal parti comme les autres, qui ne cherche qu’à prendre le pouvoir à tout prix. La marque de commerce progressiste du PQ est maintenant sévèrement érodée.

L’option dans la balance

Pendant qu’ils cherchaient à reprendre le pouvoir, les péquistes ont oublié qu’il fallait actualiser le discours souverainiste et aller à la rencontre des Québécois pour leur expliquer pourquoi il fallait dire oui à une question posée pour une éventuelle troisième fois. Ainsi, à pratiquement chaque campagne électorale, les péquistes se sont réveillés à la dernière minute en se rendant compte qu’il fallait bel et bien parler de leur option. Comme c’était à chaque fois trop peu, trop tard, des formules débilitantes ont été employées pour convaincre tout le monde qu’il n’y avait rien à craindre : « un référendum, si les conditions gagnantes sont présentes », « un référendum, si l’assurance morale de le gagner se manifeste » ou très récemment « non, tant que les Québécois ne sont pas prêts ». Avec ces libellés pour le moins équivoques, impossible de générer la confiance nécessaire chez les Québécois, qu’ils soient souverainistes ou non.

En définitive, face à un Parti Québécois devenu une pâle copie de ce qu’il a déjà été, les Québécois lui ont infligé sa plus sévère défaite depuis 1970 : il s’agit probablement de l’ultime avertissement, s’il n’est pas déjà trop tard. Le Parti québécois doit changer, sinon les Québécois l’enverront dans les livres d’histoire pour de bon, entraînant peut-être même son option avec lui.

Pour tous ceux qui ont à cœur le progrès de la nation québécoise, les conséquences d’une telle disparition seraient funestes.

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