Politique anaphorique

Au Québec, nous sommes dans une période sombre de notre longue histoire nationale.

Au Québec, nous émergeons d’une campagne électorale digne d’un gala de lutte de sous-sol d’église.

Au Québec, le principal parti souverainiste a passé cette campagne électorale à fuir son option fondamentale, transformant cette dernière en miroir aux alouettes.

Au Québec, le parti au pouvoir a scrappé une charte de la laïcité, un projet visant l’égalité et la cohésion sociale, en pensant que la stigmatisation volontaire et/ou complaisante d’une minorité allait lui procurer des gains électoraux.

Au Québec, il y en a qui ont pensé qu’une laïcité à tendance catholique était un concept logique.

Au Québec, des petits génies de la com ont pensé que miser sur la personnalité « déterminée » d’une première ministre impopulaire était une stratégie gagnante.

Au Québec, on a transformé quelques étudiants qui se mêlaient plus ou moins de leurs affaires en un vol d’élections.

Au Québec, le parti souverainiste historique a complètement évacué de son discours l’évocation même du gouvernement fédéral au profit d’attaques douteuses sur la principale minorité ethnoculturelle francophone.

Au Québec, malgré les désaccords avec sa politique, on peut bien se permettre de traiter la première ministre avec un léger soupçon de misogynie.

Au Québec, dans le seul but d’exister davantage, le parti de gauche a préféré passer le plus clair de son temps à taper sur le parti le plus proche de lui sur l’échiquier politique plutôt que sur le parti le plus à droite.

Au Québec, les militants du parti de gauche souverainiste se réjouissent d’une progression de 1% dans les intentions de vote en échange de la main mise absolue de la droite fédéraliste sur l’échiquier politique.

Au Québec, les purs préfèrent répéter l’expérience maintes fois menée de la fuite en avant du micro-parti que de travailler à s’organiser pour influencer un gros.

Au Québec, ceux qui cherchent le progrès national aiment mieux se tirer dessus et faire abstraction du système électoral que de voir leurs idéaux progresser.

Au Québec, le parti pragmatique ne l’est même pas assez pour habiter un courant d’idées.

Au Québec, celui qui veut imposer un moratoire sur la question constitutionnelle ne peut appliquer son programme sans l’accord d’Ottawa sur trente-quatorze points.

Au Québec, y’a pas à dire, l’État, c’est pas plus compliqué qu’opérer une ligne aérienne charter.

Au Québec, on cherche toujours ce qui distingue le parti en faveur de l’avenir de celui farouchement pro-présent.

Au Québec, le supposé parti de l’économie a augmenté la dette de 33 % en neuf ans et a raté toutes ses cibles de prévision de dépenses.

Au Québec, le parti de la création de la richesse a consenti 42 % de hausse salariale en 6 ans aux employés les mieux payés par l’État et a recruté le chef syndical responsable de cette hausse en vue de le mettre à la tête du ministère qu’il a rançonné;

Au Québec, le parti de Paul Gérin-Lajoie a haussé les droits de scolarité à un niveau jamais atteint.

Au Québec, la Commission Charbonneau nous démontrera que le parti qui ramassait deux fois plus d’argent au pouvoir que lorsqu’il était dans l’opposition, ben, c’tait pas pour rien.

Au Québec, décidément, on considère que ce parti s’occupe bien des vraies affaires.

Au Québec, de toute manière, plus rien ne différencie la franchise provinciale du parti de son propriétaire fédéral.

Au Québec, la capitale ne veut décidément pas être une capitale.

Au Québec, on s’est d’ailleurs chimériquement imaginé que de lui donner un nouveau Colisée lui donnerait envie de devenir une capitale.

Au Québec, c’est le Maire de Montréal qui convoque la première ministre et les chefs des partis politiques nationaux à son Hôtel de Ville pour leur donner ses instructions et ces derniers acquiescent sans broncher.

Au Québec, les élites z’économiques s’égosillent à réclamer un statut spécial pour Montréal, mais ne lèveraient jamais le petit doigt pour faire de même pour le Québec au sein du Canada.

Au Québec, l’État est en voie de ne devenir rien de plus qu’une coopérative de services.

Au Québec, les inclusifs n’excluent personne, à l’exception de tous ceux qui ne pensent pas comme eux.

Au Québec, on préfère la corruption ou des mesures menant à des arrestations arbitraires à l’interdiction du port des signes ostentatoires des fonctionnaires pendant les heures de travail.

Au Québec, l’interdiction du port de signes religieux ostentatoires pour les employés des services publics pendant les heures de travail est traitée par une minorité vocale comme une attaque aux droits de l’Homme.

Au Québec, on ne croit pas que l’interdiction pour les employés des services publics de manifester des opinions politiques pendant les heures de travail soit une attaque aux droits de l’Homme.

Au Québec, il n’y a pas dire, depuis 30 ans, il y a eu des centaines de mises à pied de fonctionnaires qui voulaient exprimer leurs opinions politiques.

Au Québec, comme au Canada, l’inégalité des citoyens est la règle.

Au Québec, non content d’être dans une situation géolinguistique défavorable, il faut que l’on se sente mal de faire respecter notre langue officielle.

Au Québec, les minoritaires se croient majoritaires et les majoritaires jouent aux minorités persécutées.

Au Québec, les idolâtres du bilinguisme oublient que celui-ci n’est possible que parce que la langue française existe et est prédominante.

Au Québec, les droits masquent parfois une véritable lutte de pouvoir.

AU Québec, de toute manière ce qui est perçu comme un droit est une fin en soi.

Au Québec, on ne considère plus que l’absence de signature au bas d’une constitution doive porter à conséquence.

Au Québec, on a oublié que cette absence de signature était due à la présence en son sein de la Charte canadienne des droits et libertés.

Au Québec, on considère qu’utiliser la seule clause qui permet de ne pas appliquer une constitution que l’on n’a pas signée est maintenant rendu inconcevable.

Au Québec, le mot référendum déclenche des réflexes pavloviens au point que c’est le mot plutôt que sa transposition dans la réalité qui fait peur.

Au Québec, on considère que la meilleure manière de régler un problème, c’est de ne pas en parler.

Au Québec, on agit comme si nous étions majoritaires, mais le fait est que c’est l’exact inverse.

Au Québec, on rêve de « projets de société », mais on refuse de s’admettre que nous ne sommes même pas proches de détenir les outils pour les réaliser.

Au Québec, on a assimilé le fait que nous ne sommes pas collectivement libres.

Au Québec, nous n’en sommes même plus au confort et l’indifférence, mais plutôt au stade du chevreuil les yeux fixés sur les phares de la voiture qui lui fonce dessus.

Au Québec, non Gaston, ça peut finir par ne jamais arriver.

Au Québec, Trudeau (le père, pas le rentier de patronyme) a peut-être gagné.

Au Québec, au fond, peut-être qu’Hubert Aquin avait vu juste.

Au Québec, le volontarisme est maintenant devenu un impératif national.

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