La nécessité de briser ses promesses électorales

Depuis son élection le 4 septembre dernier, le Parti québécois s’est fait vertement critiquer pour avoir délaissé plusieurs promesses mises de l’avant lors de la campagne électorale. Le gouvernement a annoncé que l’annulation complète de la taxe santé et de la hausse des tarifs d’électricité ne serait pas adoptée et que la hausse des redevances exigées de la part des compagnies minières serait reportée. Or les gouvernements doivent-ils vraiment adopter toutes les promesses qu’ils ont proposées en campagne électorale ? Si nous désirons que nos gouvernements représentent le plus possible l’ensemble des électeurs, ironiquement il semble qu’ils n’ont d’autres choix que de briser plusieurs de leurs engagements!

En période de campagne électorale, les partis politiques se doivent de présenter aux citoyens une vision à la fois d’ensemble et malgré tout assez précise de ce qu’ils feront une fois portés au pouvoir. Cette vision générale se décline bien souvent par une série de promesses et d’engagements électoraux qui ponctuent le rythme de la campagne. Puisque ces promesses sont au cœur de la campagne électorale et qu’ils orientent les électeurs dans leur choix, briser une promesse électorale est traité par plusieurs comme un acte de trahison qui accentue le cynisme des citoyens envers leurs élus.

Si nous demandons aux partis qui gouvernent de tenir leurs engagements électoraux, nous leur demandons également de façon antagoniste d’agir en fonction des intérêts de tous les citoyens. En effet, nous voulons que les gouvernements prennent des décisions en fonction de tout un chacun et non pas uniquement selon les intérêts de leurs électeurs, militants et bailleurs de fonds. Il existe donc une tension importante entre la nécessité de représenter l’ensemble de la population et le fait de tenir ses promesses électorales : remplir ses promesses consistant à représenter principalement les électeurs ayant voté pour le parti au pouvoir.

Deux exemples récents illustrent cette tension importante dans le rôle de nos gouvernements. Tout d’abord, la récente élection québécoise où un gouvernement minoritaire a été élu avec 32% des votes. Si le gouvernement péquiste avait décidé d’adopter toutes les promesses que son parti a faites au cours de la campagne électorale, il aurait probablement satisfait les 32% d’électeurs qui ont voté pour lui, mais par le fait même il aurait justifié les craintes des électeurs qui lui ont tourné le dos. En décidant de se recentrer politiquement sur plusieurs plans et en laissant de côté certains de ses engagements, le gouvernement péquiste parvient ainsi à adopter des politiques qui représentent davantage le souhait général de la population. Ce choix est probablement déterminé par son statut minoritaire, mais il demeure avantageux pour une majorité d’électeurs : le 32% de péquistes seront probablement un peu ou très déçu de cette nouvelle orientation alors que le 68% n’ayant pas voté pour le PQ sera davantage satisfait de cette marche arrière.

En contrepartie, nous pouvons difficilement reprocher au gouvernement conservateur à Ottawa de ne pas suivre ses promesses électorales. Le Parti conservateur a fait campagne en mettant de l’avant des politiques économiques et sociales de droite et il parvient depuis 2 ans à les mettre en place. Mais qui profite réellement de ces politiques ? L’ensemble des citoyens canadiens ou bien principalement le 40% d’électeurs conservateurs ? Dans ce cas précis, malgré le fait que le gouvernement conservateur maintienne ses promesses électorales, nous pouvons douter du fait que cela corresponde vraiment à la volonté générale exprimée par les électeurs lors des élections du 2 mai 2011.

Nous attendons de nos démocraties qu’elles représentent l’ensemble des électeurs et non seulement les électeurs ayant « gagné » leurs élections. En fait, nos démocraties ne pourraient tout simplement pas fonctionner si uniquement les « gagnants » étaient représentés. Les promesses électorales ne sont donc pas uniquement des vœux de mariage entre gouvernements et électeurs, mais bien des politiques qui avantagent certains groupes au détriment de d’autres. En ce sens, il serait opportun de s’interroger sur nos attentes à l’égard de nos gouvernements et sur la couverture journalistique réservée à ces questions.

Reproduction autorisée à condition de mentionner l’auteur, le titre et la source.